Un récipiendaire d'idées, d'amours,de passions, d'actualités, de poésies. Une richesse à prendre et à partager dans ce prisme à mille facettes qui nous unis dans nos différences, à cet univers infini mais si magnifique. Amare : Aimer ou l'amarrage d'un bateau ivre de Découvertes, de Terre Adama, de Vérité.

« Dors ma petite source sauvage.
Je raccommoderai ton cœur.
Je sais coudre.
Ton huis n'a pas toujours été clos pour moi...
Tu seras au fond de mes pensées, au creux de ma main, rien ne pourra m'étancher.
Dors, dors ma source.
Tu es ma fille, mon amante, ma Femme. »

Elle ne savait pas,
une douleur vive intense, à chaque coup du cadran, une piqûre, là, au cœur même de la source,
régulière, sûre.
Et pourtant, elle ne souffrait pas elle s'endormait et à chaque pénétration de cette aiguille, elle devenait femme.
Chrysalide, c'est son voile qu'il raccommodait.
Le puisatier savait coudre, manier cet harpagon d'acier sans broncher, sans trembler.
Il le faisait pour Elle,
pour vivre,
pour Aimer encore une fois.
Comme pour sauver ses frères de l'emprise des oies blanches, il cousait en s'en brûler les doigts.
De ces orties il ne restait plus d'amertume mais
de l'écume de tendresses, de caresses.
De l'aiguille pénétrant la chair, Elle ne retient que cet Amour donné, semé.
Elle redevenait à chaque fois un peu plus femme.
Son fichu ne souhaite plus d'être fini, il ne souhaite que le va et vient, de cette aiguille experte.
La source se régale de cette besogne car elle sait qu'il passera toutes ses nuits sur son ouvrage, elle peut s'endormir sereine et rassurée.

Dors mon puisatier
Tu as assez travaillé de tes doigts aujourd’hui
Tu m’as raccommodée. Mon cœur est cousu au tien.
Car tu sais si bien coudre.
Mon huis ne sera plus jamais clos pour toi…
Mais il reste ces traversées de désert où ton aiguille m’échappe et mon fichu reste en attente. Comme s’il se défaisait les jours de nos absences.
Il se défait de ce que tu fais la nuit ou les jours de nos retrouvailles.
Comme la tapisserie de Pénélope qui reste sans fin pour attendre sagement son homme parti en voyage.
Mon fichu devient désert et je me sèche en dune, moi la source sauvage. Et je ne serai plus dans tes pensées, au creux de tes mains et plus rien ne pourra t’étancher.

Ce désert n’est pas un point infini, il n’est qu’un point, qu’une traversée nécessaire à notre survie.
Se cache, derrière les dunes, l’oasis si attendu. C’est la traversée des pachydermes, lente mais sereine dans la source devenue étang d’eau de vie.
Ton ouvrage pourra reprendre, et le voile de Pénélope reprendre forme.
Dors mon Puisatier, dors.
Tu es mon Père, mon Amant, mon Homme. Je sais coudre Aussi.

"Je dors entre tes doigts qui me tiennent et me caressent:
Tu te rassures, me berces.
je grandis entre tes mains
qui me guident vers ton huis
je rêve que je te pénètre
Que tout s'efface dans la nuit.
Que reviennent ces heures douces
où nous fument unis,
encore boire à ta source
Et puis, enfin mourir."
