
Il pleut, les gouttes lâchées du ciel, martèlent les persiennes.
Claques après claques, l'azur essaie de se raccrocher
à ce bois lavé et relavé. Résister à la déferlante du
ciel.
La mélancolie s'insinue sous le vernie, les
gouttes s'infiltrent
et noient le coeur, l'essence du bois.
La source gronde, implose de recevoir ces soeurs sans
relâche.
Elle se trouble, ne reconnaît plus sa résurgence.
Elle cherche son puisatier, la main salvatrice qui la
retiendra.
Il pleut et les gouttes, une après l'autre, martèlent les
persiennes.
L'azur se délave et se confond dans la déferlante venue du ciel.
Il pleut et la source se laisse à la mélancolie.
Elle pleure sans relâche ses soeurs suicidaires. Tombées du
ciel
sans but, sans réserve, sans fin, sans joie.
Elles tombent, sans retenues. Elles ne sont pas ses flocons épars,
farfadets légers
qui aiguillent les gens à l'orée de l'hiver.
Elles tombent sans relâche sur ces persiennes azurées.
Et la source souffre de tant de gâchis.
La source cherche son puisatier. Il ne viendra pas ce
soir.
Elle entend les clapotements, les claques. Elle se referme, s'enfonce pour
ne plus rien ressentir.
Elle se met en veille pour sa survie, elle ne veut pas rejoindre ces
gouttes sauvages, à la dérive.
Elle se terre sous une racine, elle attend l'accalmie.