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Un récipiendaire d'idées, d'amours,de passions, d'actualités, de poésies. Une richesse à prendre et à partager dans ce prisme à mille facettes qui nous unis dans nos différences, à cet univers infini mais si magnifique. Amare : Aimer ou l'amarrage d'un bateau ivre de Découvertes, de Terre Adama, de Vérité.

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Simplex Veritas


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Il partit...
Il partit pour son long voyage, derrière lui, son domaine, sa terre labourée, sous ses pas les dalles de la peine, devant lui son étoile. Il a laissé son armure de bugnes, il a l'étoffe de bure, de l'acier inflexible il a gardé une maille rouillée. Sur ses épaules la toile flotte enfin. Sa coiffe, sa houppe sont restées sur le sol damé de cette abbaye. C'est léger c'est en Samson qu'il affronte les caprices du temps. Dans sa main, il ne lève plus le glaive ou le braquemart, mais son bâton de vie. Il ne le brandit pas, il s'appuie, s'en sert de guide sur les pavés des traverses. Sur son torse, offert aux quatre vents, une coquille vide rythme son coeur, sa marche. Il est libre enfin. Et pourtant les pierres parfois coupantes, chaudes, rugueuses ne lui laissent que des chaînes et des plaies à ses pieds. Elles le retiennent sans cesse dans ce monde de violence. Pourra-t-il  baigner ses croûtes de chairs meurtries dans le Jourdain , la rivière des peines ?
 Et pourtant ...
Tout en lui respire la quiétude, il recherche sa voix intérieure. Elle lui chante celle qui doit le ramener à la genèse, sans connaissance, sans recherche, sans voyage. Il marche de cette marche archaïque du nouveau né.,Vierge de toutes dérives du genre humain. Il recherche sa vérité, celle qui pourra lui redonner la force de labourer de nouveau ses terres, d'aimer celle qu'il a laissé jeune et belle.
 Le voyage sera long, de l'eau coulera de la source, le scavatore di pozzi a beau, secrètement remplir sa coupe mais c'est un puits sans fond. La Vérité est une donzelle sauvage, parfois nébuleuse, parfois câline, accessible et inviolable à la fois.
 La vérité ne sera révélée qu'aux bienheureux. Retrouver son pas archaïque, sa simplex veritas. C'est son chemin secret.
Il est partit pour un long voyage...
 
Elle est restée le regardant s'éloigner. D'un vérité palpable, d'un corps senti, il ne reste que cette étoffe au vent, s'éloignant. Une larme furtive a estompé son Homme. Il n'est plus qu'une odeur, une senteur lointaine, une boucle de cheveu dans ses doigts, une armure, coque de noix désespérément creuse.
Sa terre ne serra plus labourrée, fertile. Elle doit choisir sa voix, sa force. Elle essuie ses larmes, elle aussi sera libre. Elle se le promet.
Elle échange sa robe contre des braies, enfonce ces pieds dans cette terre à l'abandon et entreprend de remonter la pente, de reprendre le domaine. La terre accueillera de nouveau les graines, et la semence de la vie. Rien ne l'effraie, ni le vent ni la neige, le froid, les pluies, les hivers sans jour, les pitances moribondes, les loups affamés, les seigneurs ventripotents.... Elle suit son étoile flamboyante, elle sait qu'au bout il y a sa vérité et les étés seront là pour réchauffer son âme.
 Belle et jeune, elle deviendra un peu amochée et vieillie par les années de labeur, sans lui. Mais c'est en femme libre qu'elle aura parcoure sa traversée du désert. Elle ne connaîtra pas le Jourdain, elle n'aura pas lavé de ses cheveux les pieds écorchés de son compagnon. Elle a, sur sa poitrine, la richesse, le trésor  de la coquille. Sa simplex véritas :son amour. Sa source a coulé, de larmes, de joies, d'espoir, d'amour pour que son puisatier ne meure jamais de soif. Qu'il puisse remonter la voix, retrouver la lumière.
 
Le parcourt initiatique devrait être parcouru un instant seul, et le reste du temps à deux. Deux dans la mixité. La vérité est partout, dans les petites connaissances, les grands voyages.. Elle n'est pas à la portée que d'une poignée d'hommes mais dans le regard de chacun d'entre nous.
Laisses moi devenir un apprenti.
 
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Voyage Roncesvalles ...
Il est là seul, bravant les routes de mille dangers, bravant les caprices du temps, bravant son double qui l'exhorte d'abandonner.
Aujourd'hui ses pas l'ont guidé prés de Roncesvalles. Un prieuré d'hospitaliers guette  les âmes et les corps en détresse de toits, de prières, de simples, de pains, de chaleur spirituelle ou corporelle. Un col à franchir et dans ce versant la péninsule ibèrique lui est offerte. Il sait que dans cette foret de résineux Pyrénéenne, le réconfort, le repos, trois jours durant lui seront offerts. Les Chanoines de Saint Augustin ont remplacé ces brigands de Viscons qui ont damé l'arrière garde de Charlemagne. Pauvre Roland il a eu beau sonné du cor, son empereur n'a pu le sauvé. Son corps à lui n'a plus la force de souffler, de marcher.  Arrivera-t-il avant les premières neiges ? Son Seigneur ne l'entend-il plus ?
Il marche vers son étoile, son hôpital, son pas n'est pas aussi léger, ses pensées plus aussi résolues. Il ralentit, s'arrête, ploie sous la misère, s'effondre dans la poussière....
"Où es-tu, mon cher et tendre ? que tes pas ne se lassent pas des ses grandes enjambées, que tes pas te guident vers ta vérité , sans danger. Où es-tu ? Je pense à toi, chaque jour. Ma peine est grande. Je suis esclave du labeur quotidien mais libre de choisir ma voie. N'abandonnes pas." Elle ferme les yeux, serre sa coquille sur son coeur et  dans le même instant ...
Sa coquille à son cou l'inonde d'Amour et d'espoir, de force, de courage. Il s'extirpe de cette poussière, de ce sol fermé sans horizon. Il relève la tête, s'agrippe à son bâton, se hisse vers la lumière. Il a entendu le cor de sa bien aimé, son corps se réveille à nouveau. Il marche vers Roncesvalles, sa coquille remplie d'Amour

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Elle

Elle s'endort son coquillage serré dans sa main. Elle n'a pas eu le temps d' enlever ses braies raidies par la boue, la sueur. A peine a -t-elle enlevé des sabots, ses pieds meurtris, qu'elle sombrât dans un sommeil agité sur cette cadière de paille, devant l'âtre. La paillasse non loin reste désespérément vide de toutes étreintes. La paille ne possède plus l'or de l'été des saisons heureuses. Elle a été pillé par le labeur et la crasse. Les murs de pierres ne se cachent plus derrière des tentures mais des brèches laissent passer le froid et le lierre. La cheminée ne crache plus de veaux entiers mais de la fumée âpre qui vous griffe les narines et les yeux. Une table, une panière et un banc, seuls mobiliers sauvés du domaine  aigaient la demeure, jadis prospère. La toiture, alourdie des poutres de chênes, se ploie, maintenant, aux rigueurs de l'hiver. Le Chaume résistera – t- il encore longtemps ? Pourquoi cette déchéance ? Qu'est-il arrivé au domaine de Sorgiente.

Les deux seuls domestiques, fidèles à la mémoire de l'ancien maître, Père de ce jeune fougueux mari voyageur, sont trop vieux , désormais, pour monter la garde. Ils dorment, pauvres ères dans une hutte ,à coté, à même le sol, sur cette terre battue qui supporte leurs nuits et les fientes de quelques gélines.
Le foyer se meurt il n'y a plus de quoi le nourrir, le bois est taxé par le seigneur des hautes terres, il ne reste que des maigres branches vertes qui enfument plus qu'elles ne chauffent. Dehors la nuit enveloppe tout. Le domaine, happé par l'obscurantisme de l'époque et encerclé par les meutes de loups, est la proie des rustauds, des ventripotents seigneurs qui ne recherchent que le plaisirs volé, violé. Ils veulent les richesses de ces terres en jachère et cette source tapie au fond des bois, source miraculeuse que beaucoup convoitent. Source venue du fonds des siècles pour vous abreuver à la jouvence éternelle.
Ce soir, la voûte céleste gronde sa colère. L'orage n'est pas loin, il patiente. 

Elle et ses deux fidèles n'entendirent pas cette chevauchée nocturne. Ils n'entendirent pas ces chevaux rendus écumant par la violence de la course avec leurs yeux exorbités de ne pouvoir dompter leur propre course. Ils n'entendirent pas ses hurlements d'hommes en rut qui à défaut de guerre dans les terres voisines préfèrent terroriser, brimer, les pauvres gens de leur comté. Par manque de batailles, ils brutalisent tous ce qu'ils voient, flairent, jalousent. Cela fait longtemps que ce comte des hautes combes veut posséder cette petite femelle de petite lignée revêche. Trop belle pour cet abruti de mari, parti courir on ne sait quelle quête de pardon dans les terres sarrasines, ces terres infidèles.

Trop belle trop désirable il la veut et l'aura. Cela fait presqu'un an qu'elle le repousse et se refuse à lui. Cette nuit elle sera sienne. Suffit ses airs de fière sauvageonne, elle retrouvera son rang de femme soumise, ce soir il pénétrera son domaine et son corps. Ses riches terres et sa source lui seront, alors,  acquises, à lui le Comte des hautes Combes. Il dominera et possédera la Sorgiente.

Un fracas de bois explosé ramène, du sommeil profond, celle qui se croyait libre. L'enfer est rentré dans sa demeure, il est à l'huis. Une sueur froide raidit sa nuque. Une armure, une bête la guète. Elle est acculée dans cet espace clos. Un moment, elle est résignée.

Mais elle se redresse fière, son coquillage lui coupe sa ligne de vie blottie  dans sa paume. Elle ne ferme pas les yeux car son arme c'est son regard, son azur tranchant, son âme volontaire.

«  Crois-tu Comte, qu'en me transperçant de ton braquemart tu posséderas mon âme, ma source et mon domaine ? Crois-tu qu'en trempant ton membre dans mon calice, tu pourras goûter à la jouissance éternelle ? Tu ne feras que souffler, cracher, piller. Rien ne te sera donné et jamais  tu ne connaîtras la vérité, le secret de la source. Que le feu de l'enfer t'emporte.»

Tout alla très vite, des cris d'effrois dans la hutte voisine, un hennissement au loin, une main gantée de maille prête à saisir la belle effrontée, un grésillement et une lumière aveuglante. De cette main haineuse élevée il ne reste qu'une brochette de doigts noircis.
La foudre s'abat au hasard.
Le chaume prend feu, le comte se consume, son braquemart avec lui.

Les soldats en armes terrorisés par le fracas céleste s'enfuirent, la queue entre leur débâcle intestinale. "Le domaine est maudit, la belle est une sorcière. "

Sorgiente est sauvée. La source restera tapie dans les bois. Mais qu'en est-il du domaine ? Un incendie, des pierres éclatées, des serviteurs égorgés, des gélines à la dérive et un Maitre en errance. 
Elle reste seule avec son coquillage. Une larme furtive coule sur sa joue. Elle tourne le dos à cette demeure, elle s'enfonce dans les bois. Elle va rejoindre sa source sécrète. Sa simplex véritas.



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LUI :

D'une cellule, tapie dans le noir, jaillit un hurlement de peur, suivit d'une respiration haletante et tourmentée. L'inquiétude sourd dans ces lieux  bâtis pour le repos de l'âme.

chapitaux.jpgSur cette paillasse de bois dur, il se retrouve assis, ses yeux cherchant

avidement une lumière salvatrice.
Et sa peau ,en fleur de sel,  s'encolle avec sa chemise de lin, d'avoir trop sué.

Sur sa poitrine,  une brûlure intense. Son coquillage le consume, le marque au fer rouge. Mais c'est une ligne de sang qui coule sur son plexus solaire.
Il ressent au fond de lui, une immense tristesse, un abandon, une angoisse

indéchiffrable, innommable. Son coeur bat au rythme d'un tambour sauvage, d'un galop sans frontière.
"Il est arrivé malheur à mon domaine, ma femme n'est plus".

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Dehors l'orage bat à tout rompre sur le rocher surplombant le monastère de
Saint Jean de la Peña, blotti dans  la sauvage sierra, à 1200m d’altitude. Dans cet écrin Aragonais le monastère apparaît minuscule sous le surplomb du rocher et ce jour sous la menace de l'orage, de la foudre il n'est  pas loin de se fondre entièrement dans la roche.

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La foudre se moque des lieux saints, elle tombe au hasard des chemins et aujourd'hui elle choisit le camino Aragones des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Là, elle  décida de gommer d'une seule zébrure la croix d'une des trois petites chapelles. Les vitraux à l'impact, éclatèrent en millions d'étoiles de couleurs, le parterre sobre se chargea en tapis d'Orient...
Il prit sa tête entre ses mains et se mit à pleurer comme ce ciel, bramant de
ces nuages noirs toute sa misère, sa peine, ses contritions, ses remords

cumulés depuis ces derniers jours , ces dernières décennies. Qu'a-t-il fait ? Il se redresse, maigre, son port déchu, il court pieds nus dans les dédales du monastère, s'y perd longtemps. Il traverse, enfin, la porte mozarabe du cloître. Il cherche la chapelle,  il recherche la prière... enfin, le Saint Lieu.

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 Le désastre, le chaos y règnent. Il quête le tabernacle, sombre charbon,

tout le bois se consume, il ne sent pas les verres coupants sous ses pieds déjà meurtris. Le ciboire gît à même le sol sans son couvercle, vomissant non plus les saintes hosties mais des miettes noircies. L'ostensoir non loin ne reflète plus le soleil à travers sa chambre de cristal rouge, il n'accueille plus la custode, ce médaillon, pourtant en or. Elle a fondu, elle n'est qu'une bave de métal déformé. L'encensoir, cette petite cassolette , tremble  suspendu  par une seule chaîne. D'ordinaire  l'encens brûle ,  la fumée odoriférante monte vers le ciel, légère comme les prières et les adorations. Mais là , la fumerolle n'est que poussière et tombe en poudre lourde sur le sol, vers la noirceur d'Ades.
 Il tombe à genoux puis s'enferme en foetus sur ce carrelage, il sombre. Il se vide de ses
larmes et de sa foi. Aride et sec, il gît parmis les décombres.

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