Un récipiendaire d'idées, d'amours,de passions, d'actualités, de poésies. Une richesse à prendre et à partager dans ce prisme à mille facettes qui nous unis dans nos différences, à cet univers infini mais si magnifique. Amare : Aimer ou l'amarrage d'un bateau ivre de Découvertes, de Terre Adama, de Vérité.
En Sicile il y a des chemins de fer qui se devinent sous des circuits de vélocipéderie ... On ne voit plus les trains languissant entre les terres et les bords de mer mais on ne voit pas non plus les cyclistes tant promis. Peureux sans doute de ce goudron suintant et puant d'ennui. Ridicule et saugrenu par ces étés caniculaires, le rail est devenu une langue noire goudronneuse, mirage d'un oasis passé, une voie cyclable trop dangereuse à pratiquer malgré les quelques préaux d'ombre posés ça et là.
La place des gares de la belle époque du 19ème est révolue. Place aux désertiques préaux de bois. En Sicile du coup ces gares autrefois bondées et de belle époque deviennent désaffectées et de belles fanges à biquettes frisées ou de belles bauges à brebis.

En Sicile du sud, l'olivier est roi. En évolution démographique constante, cet arbre majestueux tortueux peut devenir vénérable passé les mille ans d'existence. Il aura vu défilés sous ses ombres, des armées de légions, d'immigrés et de croisades médiévales. Il voit défilés maintenant des mains clandestines ou des machines remuantes pour faire trembler ce royaume de l'huile d'olive. A l'inverse de cette terre caillouteuse tortueuse et grimpante, le rameau d'olivier fragile, presque fluide se balance non chaland au dessus de son tronc fort, veineux et solide. Contraste avec cette terre en manque d'eau, sèche et cassante, le rameau d'olivier reste perpétuellement vert et dansant. Il tapit la Sicile du sud de ses ramures taillées parfois en têtard parfois en diadème, parfois même en broussaille. Des troncs creux centenaires peuvent même cacher des sentinelles devant les temples d'Agrigente. Gardiens de leur secret d'éternité, pour eux et les temples.
En Sicile il y a des Temples Doriques à 6X13 colonnes ou des péristyle à 6X 15 rondelles maintenant éparpillées au sol. Les colonnes disloquées en tranche laissent voir leur saignée béante en U.
Ainsi Les acropoles antiques côtoient avec aisance les acropoles dites modernes. Mais, dans un sens d'équité, toutes les nouvelles constructions à l'architecture anarchiques semblent elles aussi rongées par une décrépitude du temps , une fin de chantier jamais envisagée ... Un bric-à-brac de bétons de briques, de fils électriques dénudés , de laisser-aller ... désordre et désinvolture... En Sicile on se fout du poliment bâtie, pas de scrupules à respecter des lieux antiques. On bâtit on construit, on ne finit surtout pas. On laisse à l'abandon...Qui des temples ou des nouveaux bâtiments contemporains verront le 3ème millénaire ?
Magnifique celui de la concorde à Agrigiente qui grâce aux byzantins fut transformé, un temps, en basilique et qui garde encore maintenant son Mytope.
Ainsi les dieux, les déesses se succèdent, les tyrans les despotes les mécréants aussi. Zeus, Heracles, les dioscures, Héra. Théron, Cartaginois, Pierre et Paul. Foules éparpillées ou compacts, elles admirent ces pierres taillées dorées depuis plus de 2500 ans en colonne ou jonchées sur le sol, en mikados/meccanos complexes.
Le curieux cherchera encore au sol des oboles ou des didrachmes... on ne sait jamais si un archéologue comme Rafaello Politi a oublié une piécette en argent !
Du haut des crêtes la mer et les terres, le vent souffle à travers les pronaos, naos et autres opisthodomes. Une via antique et nous voila un temps dans la cité grecque...

"Je marche. A mes coté, mon Dieu. Sereine et diamantine : il a répandu sa semence. Béate, heureuse, je marche à ses cotés. Son ombre me protège, sa lumière me berce...sereine et diamantine je le suivrai jusqu'où il m'amènera...Sur le Léthé, sa gorge où je me repose, il y a des îles de bienheureux : Les champs Elysees. Ils ne me font pas craindre le royaume d'Hades. Car je suis avec mon Dieu, mon Homme, mon Puisatier. Il est mon Styx et tous les deux nous devenons invulnérables. Au plus profond du royaume, le Tartare, je n'ai cure du soleil car je m'accroche à sa main ferme. Il me ramènera au royaume des cieux. Je le sais. Je marche, je veux être aveugle. A ses cotés, je suis heureuse."
Et nous voila en Sicile sur des plages de sables fins. La Mer en passacaille nous entrelace de ses vagues et de son ressac. Il y fait doux marcher pieds nus sur cette étendue sableuse, chaude et humide. Main dans la main nous retrouvons notre royaume perdu. Ce n'est plus l'histoire du "vieil homme et la mer" mais des "amants et la mer". La barque azuréenne nous attendait comme échouée sur une île . Elle était là à nous attendre. Elle languissait de nous.

Les autochtones de cette plage Sicilienne, scarabées ébènes, creusaient des cités troglodytes dans les falaises friables. Laissant leur trace à peine effleurés sur le sable comme des chemins labyrinthiques.
Ils sont laborieux et un tantinet guerriers, n'hésitant pas à mordre un trop gros orteil sur leur territoire. Au coucher du soleil ils rejoignaient leur grottes et nous, notre cabane, notre refuge de Di Vittorio.

En Sicile il y a des paradis. Une route, une fin de route et un refuge surprenant, une cabane au bord de l'eau. La mer caresse sa pergola, garder par des oliviers charnus et débonnaires. De la terrasse on se prend à scruter l'horizon, une attente, une peur. Un bateau, un voilier pourraient surgir de cette plèvre d'azur et de mer. Ils nous arracheraient de force à notre île que l'on voudrait perdue. Mais il n'y a pas de voiliers fantômes qui pourraient nous faire tourner le dos comme ce couple d'amoureux du lagon bleu, refusant de retrouver les désordres du continents. Seule une coque de noix sur cette mer d'huile. Un pêcheur semble narguer cette réalité. Il nous rappelle que le rêve n'a qu'un temps.
Un temps mais une éternité. Un temps mais un immense bonheur. Nous les avons trouvés, ils sont à nous maintenant. Nous les garderons jusqu'à notre fin. Nous nous sommes unis, en Sicile. Il est temps maintenant de nous retrouver.
