Il neige et
«en tombant, la neige met des gants».
ce n'est pas du silence mais une ambiance feutrée, ouatée.
Seuls les rouges gorges chantent, ils recherchent le sorbier de l'oiseleur.
Les fruits sang de cet arbre sacré, éclaboussent le sucre glace éparpillé en poudreuse.
Le paysage monochrome s'égaille grâce à ces fruits écarlates
Ils sont les étoiles carmin à la survie des troublions volants.
Arbre magique, Runique pour cet arbre oublié.
En celtique il se nomme «Ronn» car son bois,autrefois, servait de support à l'écriture
magique.
Les Runes nous renvoient au monde des anciens, où sorcellerie et magie nous étaient communs. En savantes
arabesques, les runes liaient les deux mondes en un seul, l'unique. Celui des Vivants et des Morts.
Nous est-elle perdue ou seulement oubliée sur une sente cachée , cette écriture ancienne ?
Seuls les rouges gorges s'en souviennent. Ils nous montrent la voie. Ils s'égosillent même.
Et le sorbier nous expose ses fruits flamboyants dans ce monde ouaté, feutré, froid et lisse.
A nous de ré - apprendre, ré - apprivoiser son bois, son essence. L'écriture est là.
Il neige et les flocons, d'une caresse presque impalpable, recouvrent ce monde devenu froid.
Seuls les fruits du sorbier nous éclairent, nous éclaboussent de leur couleur chaude.
«Il neige et la neige en tombant met des gants»,
les rouges gorges s'égosillent et les hommes se perdent dans le monochrome du blanc, du pur, du monde
aseptisé de toutes formes de magie et de sorcellerie.
Un sorcier, dernier descendant de l'humanité élfique supplie l'arbre magique : «Sorbier de l'oiseleur,
remplies nos veines de ton sang chaud, remplies nos artères de ton essence de vie, rends nous, nos écritures runiques.»
Les pas en traces enfouies ne cherchent pas à rejoindre la terre endormie. Les pas, essaient, seulement, de
rester en surface de cette neige diamantée. Territoire redevenu vierge, le manteau blanc l'immortalise, un instant figé dans le cristallin , dans un monde irréel et féerique.
Les pas, lourds de cette neige collante, le ralentissent et le figent presque dans le temps des hivers
Blancs.
Un loup lointain appelle sa meute, un rouge gorge s'égosille pour indiquer son trésors rubis à ses
compagnons et un sorcier cherche le sentier effacé sous l'hermine cristalline.
Là son oiseau, son étoile du berger, lui indique le sorbier runique. Il prend son coutelas et de nouveau
réveille, en sculptant les lignes féminines et magiques, l'écriture des temps anciens. Tout ce tait autour de lui, la porte est entre ouverte et le monde des Vivants et des Morts ne refont
qu'un.
Il neige et le sorbier des oiseleurs garde son fruit écarlate à l'écrasante blancheur venu des
cieux.
Il neige mais en tombant, cette neige ganté restera une effilure aux hivers blancs et glacé.
Le sorcier, confiant dans l'avenir repend sa trace et se confond dans ce paysage diaphane, seule une goutte
de son sang rappelle qu'il est revenu des temps immémoriaux pour ressusciter l'écriture runique.
Mugi, février 2010