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Un récipiendaire d'idées, d'amours,de passions, d'actualités, de poésies. Une richesse à prendre et à partager dans ce prisme à mille facettes qui nous unis dans nos différences, à cet univers infini mais si magnifique. Amare : Aimer ou l'amarrage d'un bateau ivre de Découvertes, de Terre Adama, de Vérité.

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Un Rêve à Venise...

carnaval_de_venise_nobles_327.jpg
°°Cours, cours, ne ralentis pas..mon mantel me gène, il ralentit ma course, d'une main je défais le tasseau et ce poids mort tombe sur les pavés gris et humide, de l'autre main je retrousse ma large robe de satin bleu et fait claquer mes pas le plus loin possible des ruelles humides aux odeurs de vase...ne regardes pas en arrière. Il fait froid, quelque  flocons  parcimonieux s'accrochent dans mes cheveux, je ne distingue plus les murs des cieux gris, la lune boude ce soir, la respiration me manque, du feu brûle dans ma poitrine. Là, tournes, une lueur semble se dessiner derrière une poterne. Personne, les portes sont closes.
 Pourquoi n'y a-t-il que des chats dans ces ruelles? Ils me regardent sans bouger, leur yeux dorés me fixent un moment dans ma course, je ne sais quoi faire, je panique, j'entends toujours les claquements sur les pavés derrière moi, des pas lourds sans aucune faille dans la cadence. Et ces chats devant moi, gardiens des secrets, complices des ténèbres..Montrez moi la route, ma sortie, mon échappatoire....et un gros mâle au pelage noir s'arrête de lustrer une de ses pâtes meurtrières pour sauter de son perchoir. D'une allure fière, de vieux chef de bande, se dirige vers moi, me feule un moment et, à son brossage de pelage sur ma cheville tremblante, me ronronne et me montre au loin un passage. Oui au loin je distingue à peine une embarcation.venise-gondole-facaderose1-1.jpg L'espoir me revient. Je reprends ma course folle vers ce frêle espoir. Un gondolier attend sa course, me voici. Un pied puis deux me voila sur mon esquif. "Vite gondolier amenez moi vers la lumière"...A peine assise, qu'un poids lourd à la proue, nous surprend et déstabilise l'embarcation. Je suis faite, il n' y a plus d'échappatoire. Autour, de l'eau glacée et noire sans fond. Fataliste je regarde devant et attends. "Vous tremblez Madame". J'ose enfin lever mes yeux sur ce que je fuyais depuis la soirée.  Sous un tricorne ébène à calotte ronde et bordé d'un galon or, un loup.  Un loup argenté qui ne laisse voir que les yeux d'un bleu abyssal.  Ce loup me fixe. Troublée je n'ose d'avantage plonger mon regard dans le sien, de peur de m'y noyer. Il se défait de sa cape pour la mettre sur mes épaules nues. Une écharpe nouée en lavallière autour de ce cou puissant, un gilet finement brodé d'arabesques savantes et une chemise blanche immaculée ample narguent les rares flocons qui n'ont toujours pas fixé leur blancheur éphémère sur le paysage. Des cuissardes souples, un port d'Homme. Hypnotique.
 Ma peur m'échappe, ma respiration se fait plus douce, mon coeur ralentit sa course. Il donne une direction, un port au gondolier et nous voila navigant dans les canaux de Venise. Je connais ce passage, le pont des soupirs. J'enlève mon gant et plonge ma main dans cette eau qui a vu tant de larmes que le sel n'a su garder les espoirs des condamnés, moi aussi je le franchis, par les eaux et rien ne vient  troubler mon regard. Je suis calme, lucide, je vogue vers les lueurs, au loin des rires , des violons frénétiques qui éveillent mes sens....Mon corps se réchauffe. Je regarde cet homme, ses mains, ses doigts tenant la garde de son épée. Il se dégage quelque chose d'intense de ce corps taillé dans l'esthète du raffinement. Cet inconnu m'enflamme. Je n'ai plus froid 
Enfin nous approchons du palais. Le ponton est là, les marches et bientôt l'avènement. Je prends son bras, sereine. Il me sourit, je le bénis...et puis ce bruit, un tambour sur les portes en bois, elles se referment...des cris...je ne comprends pas, je le regarde et là son loup, ses yeux me fuient, le tricorne perd ses formes, sa chemise prend la voile....rien le vide....°°
Est-ce un Rêve ?

Je montais ces marches , nos mains ne pouvaient se défaire,  sûrement, comme la polarité de deux aimants qui s'attirent, nous allions devenir amant. L'inévitable nous attend en haut des marches. Une allée de candélabre à moitié consumés, nous guidait vers une pièce ouatée et parfumée, une lumière  crépusculaire baignait la place. Au centre un immense lit entouré d'un voilage si fin, qu'il pouvait frémir à un simple soupir. Un feu de cheminée crépitait discrètement. Derrière une teinture en velours rubis, des musiciens nous jouaient du Vivaldi, les violons frénétiques étaient là pour nous. Tous nos sens étaient ainsi en éveil. Au pied de la couche, je lui enlevais son loup, et lui ma cape. Il prit son épée et d'un geste net et précis  me fit sauter tout mon lacet qui retenait ma pudeur. Il jeta cette garde et de ses lèvres charnues et humides me baisa ma nuque. Ses mains se  mirent à vagabonder sur mon corps, territoire sans maître. Une chaleur se répandit en moi, me libérant de l'hypnose du bel étranger. Moi même je cherchais à défaire son gilet, à remonter sa chemise et sentir sa peau sous mes doigts, maître et maîtresse. Les cordes des violons devenaient de plus en plus tendues, et nos corps s'enlaçaient de plus en plus. S'entrefaire avec une énergie crescendo, nous finîmes par nous mettre à nu sur cette couche défaite. Mes cuisses offertes, son membre me pénétrait ...toute ma colonne vibrait  je  me retenais à ce cou puissant, allegro et fortissimo, chevauchée et chevauchante la partition nous régalait des plaisirs de ces sexes entremêlés. L'ultime révélation, la jouissance parfaite.

La musique cessa, Il me laissa là suante, chaude, ravie. Il remit son loup, reprit sa garde, prit ses chausses et s'en retourna vers les candélabres, là où la nuit commence. Un silence, une absence.carnaval-de-venise.jpg

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