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Un récipiendaire d'idées, d'amours,de passions, d'actualités, de poésies. Une richesse à prendre et à partager dans ce prisme à mille facettes qui nous unis dans nos différences, à cet univers infini mais si magnifique. Amare : Aimer ou l'amarrage d'un bateau ivre de Découvertes, de Terre Adama, de Vérité.

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Une Phèdre selon Fourest

 

 

 

Chat-noir.jpg

 

 

La femme reste garce

 Une  motte de beurre rance

Baveuse et venimeuse limace.

Avec dégoût et grimace,

La Phèdre n'est pas un rapace

Mais une charogne sans grâce

Sans révérence

En disgrâce...

Attendre d'elle une espérance ?

Hyppolite n'a pas eu de chance

Une marâtre sans élégance

Baignant dans la concupiscence

Et le voila lui aussi en disgrâce

Aux yeux d'un père sans intelligence.

Moralité : Embrasses

Donc la limace

Et t'aura chance

De voir survivre ton essence...

 

 

Phèdre [Georges Fourest, La Négresse Blonde, 1940, Corti]

 

Dans un fauteuil en bois de cèdre

(à moins qu'il ne soit d'acajou),

En chemise, madame Phèdre ,

Fait des mines de sapajou.

 

 

Tandis que sa nourrice Oenonne   none eunone0clip_image001.jpg

Qui jadis eut si bon lait

Se compose un maintien de nonne

Et marmonne son chapelet,

Elle fait venir Hippolyte,

Fils de l'amazone et de son

Époux, un jeune homme d'élite,

Et lui dit : « Mon très cher garçon ,

Des longtemps, d'humeur vagabonde,

Monsieur votre père est parti;

On dit qu'il est dans l'autre monde;

Il faut en prendre son parti !

 Sans doute un marron sur la trogne

Lui fit passer le goût du pain;

Requiescat ! Il fut ivrogne,

Coureur et poseur de lapin;

Oublier cet époux volage

Ne sera pas un gros péché !

Donnez moi votre pucelage

Et vous n'en serez pas fâché !

Vois-tu ma nourrice fidèle

Qu'on prendrait pour un vieux tableau ?

Elle nous tiendra la chandelle

Et nous fera bouillir de l'eau !

Viens mon chéri, viens faire ensemble

Dans mon lit nos petits dodos !

Hein petit cochon, que t'en semble,

Du jeu de la bête a deux dos ? »

 

A cette tirade insolite,

Ouvrant de gros yeux étonnés

Comme un bon jeune homme Hippolyte

Répondit, les doigts dans le nez:

« Or ça ! Belle maman, j'espère

Que vous blaguez, en ce moment !

Moi, je veux honorer mon Père

Afin de vivre longuement ;

À la cour brillante et sonore

Il est vrai que j'ai peu vécu;

Mais je doute qu'un fils honore

Son père en le faisant cocu !

Vos discours, femelle trop mûre,

Dégoûterais la Putiphar !

Prenez un gramme de bromure

Avec un peu de nénuphar!....

 

 

Sur quoi faisant la révérence

Les bras en anses de panier

Il laisse la dame plus rance

Que du beurre de l'an dernier.

 

« Eh ! Vas donc, puceau phénomène !

Vas donc châtrer, vas donc salop,

Vas donc, lopaille à Théramène !

Eh ! Vas donc t'amuser Charlot !... »

 

Comme elle bave de la sorte

De fureur et de rut, voila

Qu'un esclave frappe à sa porte :

« - Madame votre époux est là !

- Théseus, c'est Théseus ! Il arrive !

C'est lui-même : il monte a grands pas ! »

 

Venait-il de Quimper, de Brive,

D'Honolulu ? je ne sais pas,

Mais il entre, embrasse sa femme,

La rembrasse en mari galant;

Aussitôt la carogne infâme

Pleurniche, puis d'un ton dolent :

« - Monsieur, votre fils Hippolyte,

Avec tous ces grands airs bigots,

 Et ses mines de carmélite,

Est bien le roi des saligots !

Plus de vingt fois sous la chemise

Le salop m'a pincé le cul

Et passant la blague permise,

Volontiers vous eût fait cocu:

Il ardait comme trente Suisses,

Et (rendez grâce à ma vertu)

Si je n'avais serré les cuisses

Votre honneur était bien foutu !... »

 

Phèdre sait compter une fable

(Tout un chacun le reconnaît)

Son discours parut vraisemblable

Si bien que le pauvre benêt

De Théseus promis à Neptune

Un cierge (mais chicodondard !)

Un gros cierge d'au moins une thune

Pour exterminer ce pendard !

 

Pauvre Hippolyte ! Un marin monstre0clip_image003.jpg

Le trouvant dodu le mangea,

Puis ...le digéra, ce qui monstre

(Mais on le savait bien déjà!)

Qu'on peut suivre, ô bon pédagogue,

Avec soin le commandement

Quatrième du décalogue

Sans vivre pour ça plus longuement !

 

 [Georges Fourest, La Négresse Blonde, 1940, Corti]

 

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